Le mardi 25 mars, les adhérents et amis de Généalogie33 ont eu l'opportunité de visiter le "Pôle Judiciaire " de Bordeaux situé rue des Frères Bonie à Bordeaux.
Le Pôle Judiciaire est constitué de 3 entités :
- L'École Nationale de la Magistrature (ENM)
- Le Tribunal Judiciaire de Bordeaux (TJB)
- Le Palais de Justice
Le Pôle est pensé pour Enseigner, Penser et Recevoir la Justice.
L'École Nationale de la Magistrature
L'école a été fondée en 1958 sous le nom de Centre National d'Études Judiciaires et était localisée cours Xavier Arnozan à Bordeaux.
L'école actuelle a été construite entre 1969 et 1972 sur le site de l'ancien Fort du Hâ. Le site est choisi pour sa proximité avec le Palais de Justice et intègre en son sein les 2 tours restantes du Fort du Hâ : la Tour des Minimes et la Tour des Anglais.
🏰 le Fort du Hâ : construit vers 1456, il fut tour à tour forteresse, palais, prison. Il fut rasé vers 1835, hormis les 2 tours, laissant la place à une prison et au Palais de Justice. En 1969, la prison est transféré à Gradignan, et le site est alors libre pour accueillir l'école de la magistrature.🏰
C'est le projet de l'architecte Guillaume Gillet qui est retenu pour la construction de l'école. Il décide de prendre en compte à la fois l'environnement historique des 2 tours pour y intégrer l'école mais également l'environnement proche de la cathédrale Saint-André. De nombreuses références sont faites :
- en référence à la cathédrale : l'école intègre des colonnes piliers, une majestueuse hauteur sous plafond ainsi qu'un plafond rappelant les voutes
- en référence à la Tour des minimes et à la Garonne : l’école forme un demi arc de cercle intégrant un jardin extérieur, le toit de l'école forme une vague au milieu de l'arc de cercle
- en référence à la France : l'architecture intègre des formes hexagonales...
🏰la Tour des Minimes : l'un des 2 vestiges du Fort du Hâ, avec la Tour des anglais, elle accueille une salle de réunion ainsi qu'une salle spécifique permettant aux futurs magistrats de s'entrainer. 🏰
La cour de l'école, près de la Tour des minimes, abrite un monument faisant hommage aux disparus du "train fantôme". En juillet 1944, après le débarquement, la barbarie nazie s'intensifie et des centaines de personnes sont encore envoyées vers les camps de la mort, à l'instar du "train fantôme". Près de 550 personnes sont entassées dans des wagons à bestiaux depuis Toulouse pour remonter via Bordeaux vers le nord de la France, mais le train doit faire demi-tour à Angoulême car les ponts sont détruits. En repassant par Bordeaux, 150 personnes rejoignent le convoi. Puis, le train repart en direction de Dachau en passant par Carcassonne, Nîmes et la vallée du Rhône. Le train arrivera à Dachau après 2 mois de trajet dans des conditions cauchemardesques.
Le tribunal judiciaire de Bordeaux
C'est l'architecte Richard Rogers qui est choisi pour la construction du tribunal judiciaire. Sa construction s’achève en 1998. Ses grandes lignes seront la lisibilité, la transparence, l'environnement, l'urbanisme et la légèreté. Le tribunal fait référence là encore à son environnement proche :
- la Garonne : via le toit qui forme des vagues
- la cathédrale : via les fameux conoïdes galbés recouverts de bois (cèdre rouge)
- la transparence de la Justice : via l'enveloppe en verre...
Le tribunal, inspiré du Centre Pompidou, adopte un style industriel mêlant des matériaux bruts comme l'acier, le verre, le béton et le bois, conférant à l'édifice une identité audacieuse.
Les salles d'audiences sont implantées dans ces cônes en lévitation sur des potelets de béton. L'intérieur de ces salles est recouvert d'érable structuré afin de garantir une parfaite acoustique. Le zénith de la salle laisse passer la lumière naturelle afin d'éclairer les débats. Toutefois, comme tout bâtiment qui se démarque par son audace, des modifications ont dues être apportées par la suite : en effet, l'éclairage naturel n'étant pas suffisant, un éclairage artificiel a dû être installé.
Une coursive béton située le long de la façade et visible de l'extérieur, dessert les 7 salles d'audience ; pour y accéder des escaliers peints en jaune donnent le ton industriel à l'ensemble. La justice rendue dans la salle d'audience est exécutée immédiatement : selon le verdict la personne mise en cause ressort libre par la coursive ou captive via un escalier amenant vers l'arrière du bâtiment.
Derrière la façade donnant sur le cours d'Albret se trouvent les bureaux des agents chargés d'instruire et d'appliquer la justice. Entre les salles d'audience et les bureaux, on retrouve un atrium dans lequel se situe une cloche en bronze, œuvre de l’artiste Pascal Convert (né en 1957), financée au titre du 1% culturel.
Sur la cloche, est gravé un poème d'Hélène Ilkar :
"Jour
Vert
Flottant au Poignet
Seul le bond se connaît"
Quelles significations peut-on attribuer au choix et la présence de cette cloche au sein du tribunal ?
Le Palais de Justice ou Palais Thiac
A l'emplacement du Fort du Hâ, entre 1839 et 1846, l'architecte Joseph-Adolphe Thiac, dirige les travaux de construction du Palais de Justice. Aujourd'hui seul le Palais de Justice, abritant la Cour d'appel, la Cour d'assise et le Conseil de prud'hommes, subsiste car la prison a été démolie en 1969.
L'architecture reflète l'idée de la justice du XIXe siècle : elle doit être sévère, exemplaire et solennelle. Le Palais est donc construit dans un style néo-classique marqué par l'influence gréco-romaine :Les colonnes de la façade principale s'inspire du Temple grec d'Aphaïa. Les ailes latérales sont décorées de 2 plaques de marbres évoquant les Table de la Loi et sont surmontées de 4 statues imposantes assises :
- Montesquieu et Michel de L'Hospital d'un côté
- Malesherbes et d'Aguesseau de l'autre.
Le Palais abrite 14 salles d'audience autour de la salle des pas perdus qui affiche une superficie de 1000m². Le style devient de plus en plus épuré au fur et à mesure de l'avancement de la construction car les fonds nécessaires au financement de la construction se réduisent...
L'architecture de la salle des pas perdus reprend les colonnes et impose un style solennel. Deux statues se font face, l'une de Montesquieu et l'autre de Montaigne. La statue de Montesquieu provient d'un cadeau fait par le roi Louis XVIII à la cour civile royale. La statue de Montaigne le représente dans une tenue anachronique, afin de montrer le caractère contemporain de l'écrivain : "Je ne peins pas l'être, je peins le passage".
Des verrières surplombent la salle des pas perdus, elles sont invisibles de l'extérieur et sont dotées de vitraux contemporains représentant le lien qui unit les hommes.
Le Palais Thiac et le tribunal judiciaire communiquent via une passerelle métallique extérieure.
🚨La prison construite en 1860 par Georges Radan : la prison est construite à proximité immédiate du Palais Thiac : la détention est à proximité du lieu du jugement. Pour cette prison moderne, on choisit le régime pennsylvanien où les détenus sont à l'isolement de jour comme de nuit, au contraire du régime auburnien où les détenus travaillent en journée pour se préparer à la réinsertion. La prison du Hâ, ainsi nommée en référence au Fort, abrite des hommes et des femmes, mais les bâtiments sont conçus afin qu'ils ne puissent se voir ou se croiser. Durant la seconde guerre mondiale, la prison fut utilisée pour y enfermer les opposants et les résistants ainsi que de nombreux juifs. La prison fut ensuite transférée à Gradignan en 1967.🚨