Le mardi 14 octobre 2025, les adhérents et les amis de Généalogie 33 ont eu l’opportunité de visiter le musée national des Douanes à Bordeaux. Une guide-conférencière nous a guidés en nous fournissant des explications très précises. A la fin, une petite boutique a complété agréablement la visite.
Pour celles et ceux qui ne peuvent s'y rendre, il est possible de découvrir la visite en ligne sur le site internet du musée.
Histoire des Douanes
La visite débute sur la maquette du bâtiment des Douanes qui détaille la fonction du bâtiment sous l'ancien régime. Taxer les marchandises est une activité ancienne. En 1735, à la place de l'actuel miroir d'eau, se situent le port de Bordeaux et le bâtiment de la Ferme Générale (les Douanes).
Issues des navires, les marchandises sont débarquées et déposées devant la porte principale des Douanes puis déclarées à l'administration fiscale. Ensuite, les marchandises sont vérifiées, pesées, et enfin, lorsque le propriétaire s'est acquitté du paiement des taxes, elles peuvent être récupérées. Environ un mois est nécessaire pour accomplir cette formalité administrative.
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| Balance pour la pesée des marchandises |
La visite se poursuit le long d'une frise chronologique qui détaille l'histoire de la douane (et des taxes) de l'antiquité à nos jours.
Chez les Romains et au Moyen-Age
A cette époque, une taxe de 1/40 de la valeur des marchandises est instituée. Mathieu-Lévi qui deviendra un disciple de Jésus fait partie des collecteurs d'impôt.
Durant le moyen-âge, un mille feuille de taxes alourdit le commerce. C'est Colbert qui décide de mettre en place la ferme générale qui est composée de fermiers généraux en place pour 3 à 6 ans et qui sont chargés de collecter l'impôt. Ces personnes sont rarement appréciées. La ferme générale taxe les importations et les exportations ainsi que l'alcool et le tabac (dès que celui-ci est ramené des Amériques).
La licence pour la vente d'alcool naît durant cette période.
La fameuse taxe sur le sel : la gabelle
Le sel est indispensable à la conservation des aliments ; par conséquent, sa vente est réglementée. Il est acheté dans les greniers à sel royaux uniquement et la quantité à acheter est déterminée par le pouvoir royal.
La principale source de mécontentement de cette taxe vient du fait que le sel ne coute pas le même prix dans chaque région : en Aquitaine le sel pouvait couter jusqu'à 20 fois moins cher qu'à Paris. L'Anjou et la Picardie paient le sel bien plus cher qu'à Paris. Une contrebande sur le sel se met en place pour payer moins de taxes : le faux-saunage.
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| Tabouret à sel |
La ferme générale a pour mission le contrôle du sel sur le territoire et même au sein des foyers. Les habitants multiplient alors les pratiques ingénieuses pour cacher le sel frauduleux aux fermiers généraux.
La révolution
Les années précédant 1789, les récoltes sont mauvaises et le prix du blé subit une forte augmentation. Le tiers état est le seul à payer des taxes, tandis que la noblesse et le clergé en sont exemptés. Et les taxes sont de plus en plus importantes car les caisses de l'état sont vides... Le peuple commence alors à se révolter contre ces excès de taxe : ce sont les barrières d'octroi qui vont en faire les frais entre le 12 et le 14 juillet notamment à Paris.
Ensuite, durent la période de la Terreur, les fermiers généraux subissent la guillotine...
Mais, on ne perd pas de vue le fait de taxer les marchandises. C'est ainsi que naît la régie nationale des douanes. Le code des douanes est créé : le montant des taxes sur les marchandises est maintenant uniforme sur le territoire français, et, seulement, les importations et les exportations sont contrôlées.
Après la révolution
C'est la période faste pour les douanes nouvellement créées. Napoléon intègre les douaniers aux troupes militaires : cela lui permettra de disposer de 35000 hommes supplémentaires pour partir en guerre.
La direction générale des douanes prend ses quartiers à Paris et le long des frontières.
Les douaniers sont recrutés parmi des personnes de la région qui connaissent bien le terrain. Ils se déplacent par deux, c'est une brigade. Ils établissent des cartes particulières qui sont appelées des penthières. Ces cartes recensent les points d'observation, les routes, les chemins, les bâtiments et sont dessinées par les douaniers eux-même. Le musée des douanes possède une penthière où Salvador Dali y a apposé sa marque.
En 1831, le bataillon des douanes est créé avec pour emblème le cor et la grenade. Le bataillon sera finalement dissous en 1940 et ne sera pas reconstitué.
La contrebande
L'importation d'objets sans volonté de s'acquitter des taxes douanières est une pratique courante des régions frontalières françaises : les frontières avec l'Espagne et la Belgique sont particulièrement surveillées.
Entre la Belgique et la France, des chiens sont souvent utilisés pour transporter les marchandises. Jusqu'à 10 000 chiens ont été employés par les trafiquants. Les douaniers poursuivent alors les chiens pour les éliminer.
Drogue, contrefaçons, biens culturels...
Aujourd'hui, en France, les drogues font parties des marchandises les plus saisies par la douane : 80% de l'ensemble des biens saisis. La France est une plateforme mondiale pour le commerce des drogues ainsi qu'un pays de consommateurs.
Les objets de contrefaçon saisis par la douane française sont de l’ordre de 9 millions par an. Ce sont des vêtements, des sacs, ou toute sorte d'objets copiés. Les objets fabriqués avec des espèces en voie d'extinction sont aussi la cible des douanes. La CITES ou Convention de Washington est un accord intergouvernemental permettant de fixer un cadre juridique à la commercialisation des espèces en danger. Les espèces sont classées en plusieurs catégories selon la menace de leur extinction : les espèces les moins menacées peuvent être commercialisées à condition de respecter un certain quota ; les espèces les plus menacées ne peuvent pas être commercialisées.
Les biens culturels (vestiges archéologiques, biens provenant de lieux de culte...) font aussi l'objet d'un commerce placé sous surveillance. Il est courant que des vestiges archéologiques issus de pays en guerre soient revendus ; des réseaux criminels sont souvent associés à ce détournement. Là encore la douane veille à faire respecter la réglementation nationale et internationale.
Le métier de douanier
Avant 1907, le recrutement est plutôt informel, les douaniers sont d'anciens militaires ou sont recrutés de père en fils. Ce n'est qu'en 1907 que des concours sont mis en place, pour les hommes. Les femmes ne peuvent accéder à l'administration des douanes qu’après la seconde guerre mondiale ; elles sont alors affectées aux tâches de secrétariat ou bien, elles ont un statut représentatif avec un uniforme dédié (hôtesses d'accueil). Il faut attendre 1979 pour que le métier de douanier sur le terrain commence à s'ouvrir aux femmes.
Aujourd'hui, la douane recrute des profils variés : motard, maître chien (le chien reste avec son maître durant toute sa vie), plongeur, spécialiste viti-vinicole....
Si les contrebandiers regorgent d'ingéniosité pour contourner la loi, les douaniers développent eux-aussi des instruments sur-mesure pour mesurer, contrôler les marchandises et en particulier les alcools : "la précision dans la taxation" est une doctrine du métier.
Pour le généalogiste
Le musée conserve des registres du personnel. Si les recherches portent sur un ancêtre douanier, il est possible de faire une recherche patronymique ici.
De plus, le musée possède un fond documentaire (sur place et en ligne), des collections iconographiques, une bibliothèque, des archives... plus d'information ici.
Le musée des douanes est un incontournable, tant par l'histoire des douanes que ses objets iconoclastes. Un grand merci à notre guide pour cette visite instructive.






